Implanter les TI dans le secteur de la santé : Faites-vous bien tout ce qu’il faut faire?

On entend dire beaucoup de choses à propos de la présence relativement faible des technologies de l’information (TI) dans le secteur de la santé, mais comment expliquer ce phénomène sur une base scientifique? Pourquoi les projets informatiques menés dans ce milieu connaissent-ils souvent des difficultés? Comment s’y prendre pour aplanir ces dernières ? C’est à ces questions que se sont attardés des chercheurs du Québec et de la Grande-Bretagne dans une métaanalyse de 101 études. Le résultat de cet examen : la question de l’adoption des TI dans le monde de la santé est complexe, mais la prise en compte des aspects sociaux et organisationnels est assurément la clé du succès.

On sait que les TI sont fortement présentes dans de nombreuses industries, comme celle de la finance, mais qu’elles le sont beaucoup moins dans d’autres, comme celle de la santé. Par exemple, on estime qu’en 2009, seulement 6 % des médecins américains travaillant dans une clinique ou une unité de soins ambulatoires avaient implanté un logiciel de gestion des dossiers médicaux électroniques (DMÉ) et utilisaient l’ensemble de ses fonctionnalités. Les 94 % restants étaient constitués de médecins ayant fait l’adoption partielle (21 %) ou basique (17 %) d’un DMÉ, et, surtout, de médecins ne recourant carrément pas à cet outil (56 %).

Quels obstacles expliquent que les DMÉ, les outils de télémédecine, les assistants numériques personnels, les systèmes d’aide à la décision et d’autres TI prometteuses soient relativement peu utilisés dans le secteur de la santé, malgré leurs retombées potentielles sur la performance des professionnels et le niveau de bien-être des patients? Comment contourner ces obstacles?

Pour répondre à ces questions, une équipe de chercheurs représentée par Marie-Pierre Gagnon, professeure à l’Université Laval, a réalisé l’examen systématique de 101 études scientifiques différentes. Ces études qualitatives et quantitatives ont été repérées dans des bases reconnues comme Medline, Cochrane Database of Scientific Reviews et PsycINFO. La plupart ont été réalisées dans des établissements hospitaliers, de 2003 à 2010, aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne ou en Australie.

La métaétude réalisée par la professeure Gagnon et ses collègues montre que les facteurs qui favorisent ou freinent l’adoption des TI dans le domaine de la santé appartiennent à trois grandes catégories : il y a les facteurs technologiques, individuels et environnementaux.

Les facteurs technologiques

Comme le montre le graphique 1, rien, sans doute, n’encourage plus les acteurs du secteur de la santé à adopter une TI particulière qu’une bonne compréhension des avantages associés à l’utilisation de cette TI. Inversement, les personnes qui méconnaissent les effets d’un nouveau système auront tendance à résister à son implantation.

De même, le niveau de convivialité d’une TI et son niveau de compatibilité avec les façons de faire actuelles des médecins, des infirmières ou des employés administratifs comptent parmi les facteurs le plus souvent mentionnés par les scientifiques pour expliquer le succès ou l’insuccès d’un projet technologique.

D’autres facteurs semblent surtout constituer des freins à l’utilisation d’une TI dans le milieu de la santé. Ainsi, la fiabilité d’une technologie, son prix ou son interopérabilité avec les technologies déjà en place dans l’organisation ou en périphérie de celle-ci sont peu souvent mentionnés comme des facteurs facilitant son adoption. Par contre, la faible fiabilité d’un outil découragera parfois les acteurs du secteur d’y recourir, tout comme le fera son manque d’interopérabilité ou son prix élevé.

Les facteurs individuels

La métaétude menée par Marie-Pierre Gagnon et ses collègues montre en outre que le niveau de familiarité des médecins, des infirmières et des employés administratifs avec les TI constitue une variable très importante, qui peut faciliter comme entraver le succès d’un projet TI. De même, le fait que le recours à une technologie permette aux professionnels de la santé de gagner du temps ou aient pour effet, réel ou perçu, l’augmentation de leur charge de travail a un impact sur la réception donnée à cette TI.

Par ailleurs, le fait que les professionnels affichent une attitude optimiste eu égard à la technologie à implanter est perçu positivement dans plusieurs études, tandis que le manque de motivation de certains (voire leur résistance au changement) peut évidemment constituer un obstacle redoutable.

Les facteurs environnementaux

L’environnement organisationnel dans lequel évoluent les acteurs de la santé influence aussi la probabilité qu’un projet technologique fonctionne ou échoue. D’abord, plus du tiers des études recensées par Marie-Pierre Gagnon et ses collègues montre que former adéquatement les utilisateurs d’une technologie favorise son adoption, tandis que ne pas le faire nuit à la qualité de cette opération.

Ensuite, plus du quart des études montre que faute de temps ou à cause de l’ampleur de la tâche qu’ils doivent réaliser, les médecins, les infirmières et les employés d’administration sont parfois incapables d’adhérer pleinement à un projet d’implantation de TI ou moins enclins à le faire.

D’autres dimensions sont importantes sur le plan environnemental, comme l’embauche d’un champion capable de faire avancer le projet technologique entrepris par l’organisation; la prise en compte de la manière dont l’adoption du nouvel outil changera le rôle des différents acteurs et les relations que ceux-ci entretiennent entre eux; l’adoption d’un plan de gestion du changement; la participation des médecins, des infirmières et des employés administratifs à la conception du projet et à la création de la stratégie servant à le mettre en oeuvre; et l’octroi d’un soutien organisationnel suffisant.

Recherchée : une approche d’ensemble

Cette métaétude montre bien que les « interventions destinées à promouvoir l’implantation des TI dans la pratique clinique doivent simultanément aborder un large éventail de facteurs » plutôt que viser quelques cibles seulement. En fait, les chercheurs croient que trois stratégies sont indiquées pour favoriser l’implantation des TI dans le milieu de la santé.

Premièrement, il faut encourager la participation active des futurs utilisateurs à toutes les phases d’implantation de la technologie sélectionnée, de manière à ce que ceux-ci développent le sentiment que cette TI leur appartient et répond aux attentes qu’ils ont définies.

Deuxièmement, tout projet doit compter sur un champion capable de le mener et de promouvoir le recours à la TI choisie. Troisièmement, les acteurs doivent avoir accès à une formation de qualité, laquelle gagnera souvent à être offerte par des pairs, dans un contexte où la coopération interdisciplinaire est encouragée.

Pour obtenir plus de détails sur cette recherche, consultez :

Gagnon, Marie-Pierre et autres (2012), « Systematic Review of Factors Influencing the Adoption of Information and Communication Technologies by Healthcare Professionals», Journal of Medical Systems, volume 36, numéro 1, p. 241-77. Version en ligne accessible depuis l’adresse www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20703721.

Marie-Pierre Gagnon est professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval.

La diffusion de ces résultats de recherche est rendue possible par une subvention octroyée par les Instituts de recherche en santé du Canada (FQRSC) à l’équipe responsable du projet de transfert de connaissances Using Research Results to Improve the Implementation of the Electronic Health Record in Primary Care. 

Graphique 1 — L’adoption des TI : facteurs de succès et d’échec

Image Premiere etude

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